Elise Delzenne : « La chance va bien finir par tourner »

Elise Delzenne a vécu une saison quelques spéciales, bercée entre des satisfactions et de terribles frustrations sur des événements majeurs. Elle revient pour VeloNova sur cette saison 2016 et nous donne sa vision du cyclisme féminin.
[Interview réalisées le 20 août]

Aux championnats de France, j’étais sûre de gagner…

Pour revenir sur la saison 2016 qui a basculé entre de belles performances et beaucoup de malchance et de frustration, je voulais savoir comment tu avais vécu cette année ?

Difficilement… Je me suis préparée pour être vraiment bien aux championnats du monde sur piste, je tombe au dernier entrainement et également après la course aux points. Suite à ça, j’ai été blessée six semaines avec une fracture du bassin.
Ensuite, je fais de bons résultats en faisant trois podiums sur le même week-end sur des courses 1.1. Là, j’espérais être e pour les JO et on me dit que « non » et que je serai remplaçante donc grosse déception.
Je me dis que ce n’est pas grave, je vais être championne de France, je suis en forme, ça va aller… Aux championnats de France, j’étais en échappée solitaire, j’étais sûre de gagner, j’avais de supers jambes et j’ai deux crevaisons coup sur coup et la personne qui a changé ma roue n’était pas très performante… Je ne suis donc pas championne de France !
Après, pareil, je suis en forme, j’arrive à obtenir de bons résultats, je me présente à la Route de France, j’étais bien placée au général et je tombe à mi Route de France et je suis contrainte à l’abandon alors que je pense que je pouvais espérer une belle place au général…

220664_regular_163817cdf2

Surtout après ta performance aux BeneLadies ou tu avais terminé troisième du général, tu pouvais légitimement avoir des ambitions.

Oui. Au prologue, je termine cinquième alors que ce n’est pas ma spécialité après j’étais toujours dans les dix premières lors de cette Route de France.

Tu as effectivement été tout de suite dans l’allure sur cette route de France mais on sent quand tu parles de ta saison que les frustrations prennent le pas sur ces belles performances.

Oui.

Et comment vas-tu articuler ta saison après cette année spéciale ?

Je suis en route pour le Trophée d’or [ndlr : qu’elle a remporté], puis j’enchaine avec le GP de Plouay avec Lotto [ndlr : où elle finit 1° Française avec une 27° place], puis un stage sur piste avec l’équipe de France après le Tour de Belgique et j’espère aller aux championnats d’Europe sur route et enfin j’enchaine avec la piste.

Tu gardes toujours ce doublon piste et route ? C’est une chose qui te tient à cœur ?

Oui, j’apprécie beaucoup la piste et je pense que c’est complémentaire à la route et j’ai de bons résultats donc c’est intéressant pour moi.

Avec l’objectif d’être médaillé sur un championnat du monde sur piste ?

On verra, il y a déjà les championnats d’Europe qui auront lieu à Saint Quentin en Yvelines. L’année dernière, j’ai fait deux fois deuxième et donc là j’espère être sélectionnée, faire les courses que j’ai envie de faire et endosser un maillot.

Certaines personnes ne peuvent pas être fières de ce qu’elles m’ont dit ou fait. Ça m’a un peu écœuré du monde du vélo…

Ça montre quand même une sacrée force de caractère de rebondir comme cela à chaque fois malgré ces pépins qui viennent t’empêcher d’avancer et malgré ça tu sais te relancer, tu montres que tu es la, que tu as les jambes et justement que tu as du caractère. D’où te vient cette force de caractère ?

C’est sûr que ce serait plus facile de baisser les bras plutôt que de se dire « bon allez on y retourne… ». Après ce n’était pas de ma faute, je n’ai rien à regretter. Je me dis que la chance va bien finir par tourner.

En tout cas, il faut savoir le faire…

Oui mais comme je le dis, c’est toujours plus facile de baisser les bras plutôt que de se relancer.

De ta saison, ta non-participation aux JO reste ta plus grosse frustration ?

Oui…

Et quand tu as vu le circuit, quand tu as vu le déroulement de cette course des JO, tu t’y es vue comment ?

Je n’aurais pas gagné et je ne peux même pas dire que j’aurais fait telle ou telle chose, je n’en sais rien du tout. Non, mais je suis surtout déçue par rapport aux sélections et ce que l’on m’a dit. Certaines personnes ne peuvent pas être fières de ce qu’elles m’ont dit ou fait. Ça m’a un peu écœuré du monde du vélo…

Ça t’a blessée ?

Oui…terriblement.

On t’avait vendu la chose et ça ne s’est pas fait ?

C’est ça…

220666_zoomed_134647cdf2-bordermaker

Malgré cela, nous pouvons dire que tu as fait une belle saison. Tu es présente sur des 1.1, tu es quelqu’un sur qui il faut compter sur les grosses courses internationales. Il y a quand même des satisfactions sur cette année, tu es au niveau des meilleures mondiales et c’est quand même quelque chose de positif…

Oui, j’ai vraiment senti que j’ai progressé et la forme est là. Je sens que j’ai passé un palier et avec ce qu’il s’est passé cette année, j’ai également progressé mentalement.

Je pense que tu avais vraiment senti cette année ce palier car auparavant tu avais déjà réalisé des performances mais moins régulières alors que cette année à chacun de tes retours, tu revenais à très haut niveau et tu étais présente sur une longue période.

J’espère que ça va rester jusqu’au mois de novembre maintenant (rire).

Pour entrer dans le détail, comment tu articules une préparation hivernale quand tu es justement sur deux fronts piste et route comme cette année ?

L’année dernière, je m’étais vraiment préparé pour les championnats du monde sur piste. Après en hiver, je continue à faire de la course à pied, de la musculation, de la piscine et après des stages pistes avec l’équipe de France.

Tu ne t’arrêtes pas trop sur une année ?

L’année dernière j’ai coupé deux semaines en hiver et après suite à ma chute, j’ai arrêté six semaines. Cette année, je vais faire différemment, les championnats du monde sur piste étant plus tard et puis j’ai envie de lever le pied, j’en ai besoin.

Je pense que c’est un besoin plus mental que physique de couper cet hiver ?

Oui.

Je suis plus connue en Belgique qu’en France

Pour aborder des sujets transverses, en ce qui concerne l’évolution du cyclisme féminin, comment vois-tu la chose ?

Je pense que l’on est sur la bonne voie, ça s’améliore petit à petit. Il y a beaucoup plus de courses médiatisées ou en parallèle avec une course masculine comme La Course by le Tour ou la course à Madrid en fin de Vuelta.
C’est vraiment important que ce soit médiatisé, cette année le contre la montre a été médiatisé, je pense que nous sommes sur la bonne voie.
Plus ce sera médiatisé, plus on parlera du cyclisme féminin, plus les sponsors seront intéressés et donc plus il y aura de l’argent.

Malgré ça, on sent quand même qu’en France on a du mal à avancer. Poitou Charente Futuroscope 86 est une belle structure mais c’est moins la même démarche que pour la Lotto, Rabo Liv-Giant ou cela semble plus culturelle, nous avons du mal à le faire en France alors que nous avons de belles équipes masculines. Comment tu expliques cela ?

Que ce soit en Belgique ou au Pays Bas, il y a beaucoup plus de cyclistes. Ce sont des pays fans de vélo, je suis plus connue en Belgique qu’en France. J’ai plus de fans en Belgique qu’en France. Je pense que c’est culturel.
En France, c’est plus le foot et en Belgique c’est le vélo. Au Pays Bas également, le parking à vélos en face de la gare d’Amsterdam est immense. J’ai travaillé deux mois aux Pays Bas et le parking vélos de l’entreprise était bondé, tout le monde allait au travail à vélo. Il y avait plus de vélos que de voitures.

Le réseau de piste cyclable est aussi fait en fonction…

Oui et c’est dans la culture. En France, tout le monde à un vélo mais dans le garage…

C’est dommage car il y a aussi de belles possibilités en France, nous avons de belles structures professionnelles pour les hommes qui pourraient faire de même pour les femmes mais pour toi, étant culturel, ce fonctionnement aura du mal à percer en France ?

Non, je pense que ça peut changer car maintenant on parle beaucoup de l’environnement et du sport, on le voit avec le Velib par exemple. Les gens se rendent compte que les déplacements à vélos sont des fois plus rapides à vélo qu’en voiture et c’est également bon pour notre planète. Donc cela peut évoluer, comme le sport féminin évolue dans la société.
Avec ce qu’il se passe actuellement aux JO et notamment la prestation des boxeuses, je pense que ça a fait du bien, pas juste à la boxe mais pour tout le sport féminin.

DSC03666

C’est vrai que c’est beaucoup plus médiatisé et les gens vont avoir un autre regard sur le sport au féminin.

Je pense que c’est bien. La société peut changer, on peut dire à une femme qu’il est possible d’élever des enfants, avoir un travail et être sportive.

Une dernière question, qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la suite, pour 2017 ?

De la chance (rire)
Le plus important dans la vie c’est déjà d’avoir une bonne santé, d’être bien entourée, d’être bien dans sa peau, avoir des personnes sur lesquelles on peut compter…être heureux avec ses proches. C’est ça le plus important dans la vie.
Être en bonne santé et que les personnes que l’on aime le soit également.

Ta réponse est spéciale car en tant que sportive, je m’attendais à ce que tu m’annonces les courses importantes pour toi mais non, tu m’as parlé d’autres choses.

Oui mais le vélo c’est ma passion. Ce n’est pas l’essentiel.

Oui mais beaucoup de sportifs auraient répondu en citant leurs objectifs pour la future saison et toi on sent que tu fais bien la part des choses. Le vélo est ta passion mais il n’y a pas que ça dans la vie.

La vie peut basculer tellement vite, j’ai des amies de mon âge qui ont eu un cancer donc je me dis, le vélo c’est juste un plus. Ce n’est pas ça le plus important…

Propos recueillis par Philippe Leclercq | Photos Thomas Maheux, Chloé Lemarchand

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.