Le cyclisme, leur espoir de liberté

Le courage et la liberté les animent, elles poussent une à une les barrières culturelles, brisent petit à petit les tabous. Leur présence est encore infime sur le territoire afghan mais le combat de ces femmes cyclistes porte peu à peu ses fruits. Un combat mené aussi sur d’autres sphères, une lutte d’hier et d’aujourd’hui. Au nom de la liberté.

Deni Bechard

Au delà des frontières afghanes…

Peut-être avez-vous entendu parler en 2015 de l’équipe cycliste féminine afghane ? De ces femmes qui se lèvent à l’aube pour s’entrainer sur les routes sablonneuses des montagnes, qui pédalent contre un processus bien ancré où le jet de pierre est plus fréquent que les soutiens à l’émancipation de celles-ci. Récemment, National Geographic a ajouté cette équipe cycliste dans la catégorie Aventurier(e)s de l’année. Seront-elles récompensées ? Rien n’est moins sûr mais cela démontre que leur combat avance et a franchi les frontières, ces mêmes frontières qu’elles aimeraient à nouveau franchir pour se rendre à Rio en août prochain.

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C’est d’ailleurs une « Aventurière de l’année 2013 » désignée par le National Géographic qui a mis en lumière ces vaillantes afghanes. Shannon Galpin est américaine, son adolescence a été difficile, et depuis elle se bat contre les violences sexuelles et pour le droit des femmes. C’est en traversant en vélo l’Afghanistan qu’elle a croisé une équipe féminine. Elle n’en croyait pas ses yeux, n’en n’ayant jamais vu auparavant dans cette contrée. Egalement cinéaste, elle a souhaité mettre en image cette première équipe nationale de cyclisme en Afghanistan. Le film, Afghan Cycles, rend compte de la crainte de ces femmes avec leurs vélos et leurs risques pris. Une jeune Afghane témoigne ainsi : “un gagnant, c’est une personne qui peut rendre l’Afghanistan fière (…) on ne peut pas devenir un héros en restant chez soi.” Shannon Galpin souhaiterait évidemment que ce genre d’images se multiplient mais monter sur un vélo est encore un tabou là-bas. Dans un pays où les brulures à l’acide sont malheureusement trop souvent infligées à certaines femmes, ces quelques créatures parcourent dès l’aube les routes pour se sentir libres, s’entraîner, progresser et se rêver en vainqueurs. Leur bienfaitrice américaine essaie de leur fournir un vrai matériel de professionnelles. Même si l’objectif est avoué, seront-elles à Rio ? Elles n’ont pas le niveau des meilleures, mais franchir l’Atlantique pour vivre cet évènement serait comme gravir une nouvelle marche dans leur indépendance, leur lutte. Une petite victoire en somme.

Autrefois, même combat

Le combat ne date pas d’hier. Fin 1800, une autre américaine, Susan B. Anthony reconnue pour son militantisme a prononcé des mots repris en masse par ses contemporaines. Le vélo a fait selon elle « plus pour l’émancipation des femmes que toute autre chose au monde. » Parmi les femmes qui ont compté dans ces années, il y a eu Tessie Reynold, la britannique a parcouru 176km en un peu plus de 8 heures, à partir de Londres jusqu’à Brighton. Sur un vélo d’homme et en rational dress (tenue victorienne plus confortable). Malgré les interdits et l’indécence suscitée, Tessie est devenue un symbole de liberté. Des actes isolés comme ceux des afghanes mais qui contribuent à l’avancée des choses. Que ce soit aujourd’hui ou il y a un siècle.

« Je vais vous dire ce que je pense du vélo. Je pense qu’il a fait plus pour l’émancipation des femmes que toute autre chose au monde. Il donne aux femmes une sensation de liberté et de confiance en soi. » – Susan B. Anthony

Dans l’Angleterre du 19ème siècle, les femmes sentent le désir de monter en selle. Mais confrontées à l’interdiction de monter sur vélo, elles ne peuvent qu’admirer leurs époux ou frères enfourcher leurs grand-bi. Dans la bouche des hommes de ce siècle, le vélo est masculin. Au 20ème siècle, même refrain en Inde ou en Iran. Monter sur une selle était indécent. « Une femme à vélo est trop libérée pour être une bonne épouse ». Sous-entendu, le sexe d’une femme frottant à une selle dépasse l’entendement. Plus au Nord, l’arrivée de l’automobile débloque une certaine situation. Pendant que l’homme « plus riche » est motorisé, la femme s’adonne à la bicyclette. Liberté, mobilité, magasins et loisirs au rendez-vous. Le début de la liberté…

La « vélorution » plus que jamais en marche

L’Union Cycliste Internationale (UCI) qui oeuvre à l’accroissement de la participation des femmes pense également que ce sport peut aider à la lutte contre certaines barrières culturelles. D’ailleurs au Qatar, le gouvernement a accepté l’organisation d’un Tour du Qatar féminin, afin d’en faire la vitrine de l’émancipation des femmes dans l’émirat. Une bonne action mais qu’en est-il réellement pour les femmes de cette région ? Elles sont encore très asservies  et encore trop peu sur un vélo… Malgré tout, la mission de l’UCI est encore plus essentielle dans les pays pauvres où les distances sont des obstacles à un meilleur niveau de vie. Grâce au vélo, ce sont des conditions meilleures qui s’offrent à des femmes et leurs enfants. Des vélos fiables leur apporteraient prospérité et renforceraient leur autonomie. Des mesures sur ces continents commencent à être prises pour un objectif simple et précis : des vélos pour un monde meilleur !

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En Afrique du Sud, la détermination est présente grâce notamment à l’association Les femmes à bicyclette. Une envie commune avec leurs concitoyennes, celles de changer les mentalités. Au Cap, quelques femmes ont appris à entretenir un vélo, se sont formées à la sécurité routière. Plus de problèmes d’horaires à cause des transports publics, davantage de temps dans leur quotidien, autant de solutions apportées par le vélo même si l’inconvénient principal restent les commentaires négatifs qui fusent le long des routes. Ces femmes doivent faire preuve de courage malgré la liberté qu’elles ont fait entrer dans leur vie. L’association Go Bike en Egypte organise des balades à vélo et aide les femmes à se réapproprier la ville. Damas, par temps de guerre, encourage la population syrienne hommes et femmes confondus à adopter le vélo, et fait du même coup évoluer les mentalités par rapport aux femmes. En Arabie Saoudite, le film Wadjda raconte l’histoire d’une petite fille de 12 ans qui a un rêve: avoir une bicyclette, comme les garçons. Deux mois après la sortie du film, la Commission de promotion de la vertu et de prévention du vice leur a accordé le droit d’avoir un vélo… À condition d’être entièrement voilées, accompagnées d’un homme de leur famille et d’utiliser le vélo juste pour s’amuser.

En Afghanistan comme ailleurs, des femmes osent affronter les regards, pédaler contre les interdits. Des images, des défis, du courage, une pléiade de petites actions font avancer la situation. Ces femmes ont trouver leur vecteur de liberté, c’est le vélo et… dans tous les sens du terme, le vélo fait avancer ! Il ne doit pas reculer que ce soit chez les professionnelles comme chez ces femmes du peuple. Pour vivre libre ! 

Article Emilie Drouet | Photos Deni Béchard

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